Un « enfant » témoigne :
« LA DECOUVERTE DE MOI-MEME…»
Je m’appelle Corinne, j’ai 48 ans, je ne suis pas une enfant adoptée mais je me suis reconnue dans le portrait de ces enfants dans l’article de journal (Ouest-France du 13 novembre 2009) et j’ai enfin compris la raison de mon mal-être et de mes comportements destructeurs récurrents.
Parmi ces comportements que je juge destructeur pour mon équilibre, je citerai tout d’abord l’incapacité à rester dans un groupe, professionnel ou amical car je suis tout le temps sur mes gardes et je ne fais confiance à personne. Le moindre mot, la moindre attitude ou l’absence de réaction peut prendre des proportions incompréhensibles pour mon entourage. J’ai tendance à ce moment-là à me refermer sur moi-même et à redouter l’extérieur.
Ensuite, je ne sais pas recevoir les compliments ou les marques d’attention bienveillantes, car j’estime que je ne les mérite pas. Je n’ai pas une image positive de moi, je doute tout le temps, mon estime de soi est généralement très basse, mais il faut être perspicace pour s’en rendre compte ou avoir un véritable sens de l’empathie, car je ne laisse rien transparaître.
J’ai aussi beaucoup de mal à prendre soin de moi (sauf sur le plan de la santé) et bien souvent, quand je choisis une tenue, je sais que j’ai de quoi être plus élégante et plus féminine, mais je m’en fiche, car j’estime que ce n’est pas important. Je me fais du mal en agissant ainsi, j’en suis consciente à chaque fois, mais à quoi bon ???
En règle générale, je fais ce que je veux, comme je veux et personne ne peut m’arrêter, je n’écoute pas les conseils que l’on me donne, même si ce que je prévois va ensuite me nuire. Longtemps, je me suis dit que cette attitude prouvait que je n’étais pas un « mouton » que j’avais de la personnalité, que ceux qui ne m’appréciaient pas telle que j’étais ne valaient pas la peine que je les fréquente et pour quel résultat ? Me retrouver seule, encore et toujours !
Mon parcours professionnel est atypique parce que dans ce domaine aussi je n’en fais qu’à ma tête quitte à me mettre dans des situations périlleuses, que je justifie toujours, sans aucune mauvaise volonté, persuadée d’être en accord avec moi-même ; en tout cas avec une partie de moi que je peux maintenant identifier. Comment accepter d’être aimée quand la première personne censée le faire ne l’a pas fait pour des raisons qui lui appartiennent ? Comment se persuader alors que l’on vaut quelque chose, que l’on mérite l’amour et l’attention des autres ?
Comment accepter l’idée que l’on mérite ce que l’on a acquis et pourquoi cette idée lancinante de vouloir tout envoyer paître dès que l’on trouve un tant soit peu de stabilité affective, matérielle ? Comment combler ce vide, comment nourrir cette blessure pour qu’elle se referme quand on est dans l’incapacité de recevoir ? Et comment mettre des mots sur une blessure si douloureuse, comment se faire comprendre par autrui quand la seule chose qu’ils retiennent de vous est un comportement agressif ? Qui a envie d’aller voir ce qui se cache derrière cette agressivité, cette colère permanente ? Ce que je sais aujourd’hui c’est que cette colère et cette agressivité qui sont des émotions actives cachent une autre émotion, très passive celle-là et souvent difficile à exprimer, la tristesse.
Puisse ce témoignage apporter un peu de réconfort à ces familles dont les enfants souffrent de troubles de l’attachement, c’est son seul but.
Merci de m’avoir permis de témoigner, cela m’aide aussi.
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Une maman témoigne :
NE JAMAIS PERDRE PATIENCE, NE JAMAIS CESSER D’Y CROIRE
Il est arrivé il y a 24 ans, petit oiseau mouillé tombé du nid, 1 an, 6 kg, et de grands yeux qui lui mangeaient le visage. Il posait sur tout un regard curieux, attentif, vigilant. Il semblait jauger le monde et les personnes autour de lui sans savoir vraiment s’il pouvait faire confiance. J’avais l’impression d’un regard d’adulte dans un corps d’enfant.
Il a grandi sans confiance, ni dans les autres, ni en lui-même. Il cherchait à se fondre dans la masse, à ne pas se faire remarquer, malgré sa couleur de peau si différente. Il se disait « timide et méfiant ». Pas moyen de savoir ce qu’il pensait, ce qu’il aimait ou n’aimait pas.
À l’adolescence, il s’est encore plus renfermé à la maison, vivant dans sa tour d’ivoire et n’en descendant que contraint et forcé par les nécessités. De gros écouteurs sur les oreilles, avec une musique tonitruante pour mieux s’isoler. Mais en même temps, à l’extérieur, il semblait s’épanouir dans deux directions contradictoires : le sport et le scoutisme l’attiraient quoiqu’il en dise, mais aussi d’autres jeunes en perte de repères, en révolte contre une société qui les intègre mal, qui l’ont initié à l’alcool, à la drogue et à la délinquance.
Puis il a fermé définitivement sa porte. Il a quitté la maison, n’a plus donné signe de vie pendant deux longues années, si ce n’est par ses frères, jusqu’au soir où j’ai appris son arrestation. Aidée par des amis fidèles, je lui ai trouvé un avocat qui l’a rapidement fait sortir de prison. Je n’oublierai jamais ce premier sourire lumineux et ce merci qu’il m’a adressé.
Et il est retourné dans sa tour d’ivoire, vivant, survivant entre musique et jeux vidéo, sans travailler, sans aller à l’école. Il a continué à accorder sa confiance à d’autres jeunes qui ne la méritaient pas, qui l’exploitaient, qui le dupaient. Et finalement, 24 ans après son arrivée, un appel « Maman je veux te parler… tout de suite ».
En un mois, il a parlé plus que les 24 premières années. Enfin il fait confiance, il se livre, il reconnaît sa vulnérabilité, il demande de l’aide. Bien sûr il y a beaucoup à faire sur le plan matériel, pas de travail, pas de ressources, pas de statut social… mais le plus important nous le faisons ensemble, lors de longues soirées dans des petits restaurants. Nous parlons, il parle enfin, il se dit, il raconte ses peurs, ses hésitations, ses sentiments. Il n’est nulle part mais il est arrivé enfin là où il sait qu’il peut faire confiance, là où il sait qu’il ne sera pas exploité, dupé, trompé.
Même si la situation matérielle n’est pas réjouissante, mon cœur de mère se réjouit de voir enfin cet enfant, qui n’en est plus un, se tourner vers moi avec confiance, tendre sa main et ouvrir son cœur. Je lui ai demandé quand il a su qu’il pouvait me faire confiance ; quand j’ai été en prison et que tu as été là, m’a-t-il répondu. Mais il a fallu encore quatre années pour qu’il ose demander à me parler, quatre années pendant lesquelles j’ai essayé de garder le lien malgré tout, timidement pour ne pas me faire remballer, quatre années où j’ai essayé d’être là sans en faire trop.
Alors je veux transmettre le message que d’autres mères m’ont transmis, qui sont passées par là avant moi : ne désespérons jamais, ne cessons jamais d’y croire, gardons notre cœur ouvert à défaut de notre porte.
Bon courage à toutes et tous !
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